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DEBRIEFING

Chers ambassadeurs, chers membres,

Lucie et moi sommes de retour après un long silence. Il nous a fallu du temps pour nous remettre de la fatigue, de nos émotions et de cette incroyable et magnifique expérience.





Retour sur les évènements :

Début Juillet :

Peu avant la date de fin d’assemblage, notre horloger nous annonce (en toussant lourdement) que presque tous ses employés ont attrapé le Covid. La production s’offre un dernier retard de 15 jours.

Il y a des théories sur les galères en série et finalement, si un jour j’ai le temps d’y croire, je me pencherai sur la question.

Mi-juillet :

Les montres assemblées sont enfin prêtes à expédier mais un problème de virement nous fait perdre plusieurs jours (quand on aime, on ne compte pas).

Finalement, les montres quittent les ateliers. Énorme soulagement.

Arrivée en douane :

Notre transporteur nous appelle : il est en compagnie des douaniers... et de la gendarmerie…

Là, je m’imagine avec une paire de menottes aux poignets, en train de passer ma première nuit en prison, en jurant que je suis innocent. Mais le transporteur me rassure, tout va bien, c’est juste que la douane a décidé de faire un contrôle intégral des marchandises. C’est normal car c’est notre première importation.

Faut-il y voir une sorte de cadeau de bienvenue ?

Le contrôle dure trois jours, plusieurs coffrets sont endommagés, conformément à la fameuse loi des séries.

Une fois le contrôle terminé, nous n’avons plus de camion disponible (logique). Donc, le transporteur nous propose le moyen le plus redoutable : un groupage de marchandise. J’imagine quelques colis endommagés ou volés mais notre transporteur nous assure qu’il n’y aura aucun problème.

Le lendemain, le camion arrive près de Marseille mais s’arrête, pour des raisons logistiques, à Vitrolles dans un centre de stockage. Il faut d’urgence trouver un autre camion.

Le 28 juillet, jour de l’anniversaire de Lucie, un petit camion apporte enfin la cargaison devant notre entrepôt. La joie est immense, jusqu’à ce qu’on découvre que huit montres ont été volées.

Si un jour vous voyez une Bohen en vente et qu’elle n’a pas de carte de garantie, ni de bracelet en silicone, merci de nous le signaler, c’est probablement l’une d’elles.

Message personnel au voleur :

1 : Penses à nous appeler, il y a eu un soucis de frein filet…

2 : Notice pour apprendre à lire l’heure d’une Bohen : https://www.youtube.com/watch?v=-XltDj-4mDM

Nota Bene : tu as aussi la notice en anglais mais là c’est du très haut niveau : https://www.youtube.com/watch?v=32iqT2RFqyg

Bref...

Le 29 juillet, nous commençons à expédier les premières montres. C’est la panique car de nombreux clients changent d’adresse de livraison ou bien nous donnent de nouvelles consignes, ce qui occasionne un monstrueux embouteillage dans nos cerveaux ; surtout le mien pour être honnête. En fait, je me retrouve à peu près dans le même état que lorsque j’ai du temps libre : lobotomisé.

Les expéditions prennent du temps car nous faisons une vidéos de chaque emballage, pour éviter d’éventuelles contestations à la réception.

Puis, soudain, un soir passé au coin d’une pile de cartons à scotcher, une lueur d’instinct me fait penser à vérifier un détail : le frein filet…

Ah, le frein filet, ce liquide proche du vernis à ongles si précieux que j’avais bien demandé dix fois à notre horloger s’il l’avait posé.

Et c’était écrit par le chef d’atelier : mettre du frein filet sur toutes les vis du bracelet.

Les opérateurs l’ont fait, ils n’ont rien oublié.

Sauf que… deux vis ne font pas partie du bracelet : les « vis de tête de montre » et ça, le chef d’atelier ne l’a pas précisé par écrit.

Et donc, panique, catastrophe, spasmes subaquatiques et AVC (Avarie Vraiment Chiante).

Que faire ? Amortir la nouvelle ? Agir discrètement ? Étouffer le scandale et le risque de bad buzz ? Non, ça, ce serait trop intelligent. Je suis trop direct, trop impliqué, pas assez agile pour esquiver les tomates. Donc, en 20 minutes, je tire la sonnette d’alarme et je lance une opération inédite dans l’horlogerie de luxe, intitulée :

Opération SAV le moins classe du monde.

Basiquement, l’opération consiste à demander à nos Ambassadeur de se rendre chez l’horloger le plus près de chez eux et leur demander de poser le frein filet sur leurs vis…

Pourquoi est-ce que je fais comme ça ? Parce que je suis persuadé que si tout le monde nous renvoie sa montre, une partie d’entre elles vont être endommagées pendant le transport, ou perdues, ou volées. Je veux absolument éviter que les montres ne voyagent une fois de plus.

Nous contactons des horlogers un peu partout pour ceux qui sont perdus dans des pays lointains.

Finalement, en 15 jours, à peu près tout le monde a fixé le problème et mon cœur bat très fort parce que les gens ne nous en veulent pas. Pas de bad buzz. Au contraire, nos Ambassadeurs sont des anges bienveillants, heureux de nous sortir d’un vrai coup dur…

Ce fut épique, héroïque de votre part. Beaucoup on réalisé l’opération par eux mêmes. 99 % de nos Ambassadeur on refusé qu’on les rembourse. J’ai eu le sentiment qu’une armée de chevaliers venaient nous prêter main forte et ça m’a rempli d’émotion.

En parallèle, des revendeurs de grandes marques nous appellent : Bonjour, nous avons posé du frein filet sur deux vis d’une de vos montres. Dites, ça vous intéresserait de vendre chez nous ? Votre montre est magnifique, ça va cartonner.

Même le meilleur spécialiste en marketing n’aurait jamais pensé à un pareil coup de pub !

Et puis derrière tout ça, nous avons vu une véritable pluie de belle photos des montres et un torrent d’éloges arriver sur les réseaux sociaux. Quel bonheur de se dire que tous ces efforts, ces sacrifices, cette passion et tout cet amour mis dans Bohen ont abouti à ce résultat. C’est bouleversant, j’ai été totalement bouleversé. Je n’ai même pas vraiment compris, ni réalisé, que soudain nous avions vendu toutes nos montres – rupture de stock - et que l’envoûtante Mille-Mer créait l’émotion auprès de tous ceux qui la portent.

Je suis heureux et je vous remercie pour cette générosité et ce partage dans l’aventure. Vous n’êtes pas nos clients, vous êtes nos Ambassadeurs et c’est vous qui m’avez démontré que ce titre est spécial. Nous sommes une tribu de gens particuliers et c’est ce que je voulais. La passion nous emportera, mais ça se fera sans le moindre regret !

Après, tout est flou. Lucie et moi sommes totalement épuisés. Nous avons dormi 2 à 3 heures par jour pendant près de deux semaines. Les Ambassadeurs venus prendre leur montre à la maison témoigneront sûrement de moments surréalistes pendant lesquels je ne sais plus vraiment ce que je dois dire ou faire. Les Ambassadeurs prennent le relais, certains règlent même les bracelets des autres (Laurent en sait quelque chose), ils parlent de tout entre eux et moi je me sens heureux parmi eux, tout est anormal autour de nous, mais tout se déroule pour le mieux, avec bien être et je remercie tout le monde, une énième fois, ça me fait du bien de ne pas jouer un rôle, de ne pas tenir une position.




Nous faisons des montre folles, bourrées de qualité et d’exigence, mais humainement, je ne suis pas là pour tenir des postures qui ne me ressemblent pas. Blaise est imparfait. Je n’ai rien de prestigieux, je suis un cancre qui a plutôt bien tourné, distrait, sensible, passionné, con à mes heures les plus talentueuses. Je me demande parfois ce que les gens attendent de moi, je n’ai pas souvent la réponse à mes questions mais ça me convient bien : ma quintessence est dans la montre et mon bonheur dans son allégorie.

Après tout ça, je me suis promis de faire sous-traiter les livraisons. C’était au dessus de nos forces physiques, ça ne sert à rien de se mettre en danger.

Nous sommes alors partis une semaine avec une vingtaine d’amis dans le Verdon. Unique semaine de vacances en un an… Grand besoin de décompresser. Kayak, pétanque, randonnée, volley, billard, dîners déguisés, amitié et playlist des années 70 et 80.

Voilà ma façon de vous raconter la fin du premier chapitre de Bohen. Ce n’est qu’un résumé, mais il parle de ce qui a été accompli. Je suis encore épaté par vous, fous que vous êtes, vous avez pris le risque irrationnel de tomber amoureux d’un projet, d’un style et d’une histoire. Vous avez pris le risque de nous envoyer d’importantes sommes d’argent, alors que la montre était virtuelle, que vous n’aviez aucune preuve de notre honnêteté, que vous ne saviez pas si nous n’avions pas planifié une astucieuse arnaque. Vous avez pris le risque de croire en la qualité que je vous ai promis, en cette précision, cette fiabilité dont je me suis porté garant. Vous avez décidé de vous lancer, et maintenant, vous savez, vous avez en mains le résultat de notre implication totale.






Depuis notre retour de vacances, nous préparons la suite plus calmement, sans nous mettre en surrégime. Les deux dernières séries limitées de la Mille-Mer entreront en assemblage la semaine prochaine. Cette fois tout est mieux encadré car nous avons beaucoup appris.

Seulement 80 pièces à cadran bleu dans le monde, et 80 autres à cadran gris, au prix de 3,000 euros Hors Taxes. Nous n’avons aucune idée de comment va se passer la vente mais il y a déjà une forte demande.

Je dois faire les photos d’un jour à l’autre, les commandes démarreront ensuite et la livraison sera effectuée avant noël. Ensuite, il n'y aura plus jamais de Bohen Mille-Mer étanche à 1000 mètres et la légende de cette montre pourra commencer.



Juste derrière, la suite arrive comme une boule de feu, nous sommes très avancés sur les prototypes et je vous fais la même promesse : l’exception et le design, sans compromis.

Chers Ambassadeurs et chers membres, Bohen est là, nous avançons silencieusement car le calme règne toujours avant la tempête. Ce sera même un cyclone et il s’appelle StarDiver.

Bien sincèrement, Blaise.